Apostrophe aux contemporains de ma mort

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Apostrophe aux contemporains de ma mort

Message  Ordigal le Lun 30 Mai - 15:42


Apostrophe aux contemporains de ma mort
I.S.B.N.: 978-2-87459-513-4
(Première partie, pages 85 à 87.)
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Représentations aux parents

« Comme à la Saint-Lambert,
  Qui s’en va place perd ! »

Je garde dans l’oreille des exclamations, des protestations, des invectives, des invites, qu’ont probablement oubliées quelques instants plus tard ceux-là mêmes qui les avaient lancées. Ces échos d’une clameur infiniment éloignée me restent comme font les fossiles inclus dans une strate géologique, qui n’existent plus que par la trace qu’ils y ont laissée. Dans chacun de ces cris ivres de vie, l’édacité du temps a mis à nu un appel tragique, qui déjà quand il fut jeté maudissait la mort ; mais nous ne le savions pas.

Et la clarté des jours qui illuminaient mon enfance est maintenant réduite à celle d’une étoile à perte de vue, qui n’est visible que parce qu’elle rayonne ; c’est, dans le tunnel obscur, interminable, à l’intérieur duquel je vais bientôt trébucher sans même peut-être m’en apercevoir, un point de lumière qui scintille depuis l’entrée toujours plus lointaine.

Annulez ma vie. Ce n’était pas de jeu. Par jalousie, on cache aux enfants la vraie valeur de la vie à faire qui s’étend indéterminément dans l’avenir. On se garde bien de leur faire savoir que chaque rentrée des classes, chaque distribution des prix, chaque villégiature de vacances, est une étape irrepassable ; que c’est déjà, insensible dans l’instant, le franchissement des premiers tributaires de l’Achéron.

Parents, laissez-moi vous dire encore, vous enfermez vos enfants dans ce que vous êtes, parce que vous voulez qu’ils soient votre continuation dans ce que vous ne pouvez être. Vous tremblez de les étranger de vos erres. Vous voulez qu’ils aillent plus loin que vous, mais qu’ils passent par ce qui vous a arrêtés. Vous rêvez pour eux de hautes fortunes, mais, pour y tenir la main, il faudrait non seulement que vous cessiez de vous flatter, mais encore que vous commenciez de vous accuser. Or, vous avez déifié le destin afin de vous innocenter de vous. C’est pourquoi, appréhensifs de rien brusquer, vous livrez avec attendrissement vos enfants à tous les hasards, vous les abandonnez docilement au seul conseil des mandataires d’une société où l’on a besoin que d’inconscients laborieux, d’inférieurs zélés, de stipendiaires utiles, et de semblables en contre-épreuve.

[…]

Ordigal
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